Dubkasm - Rastrumentals

07/02/19 - Auteur(s) : Simon P.

L'album n'a suscité que peu d'intérêt, mais Dubkasm avait pourtant frappé très fort en sortant Rastrumentals en juin 2018. Le duo bristolien livrait en effet un album sublime, ambitieux et très personnel. Le dub y flirte avec la musique brésilienne, le blues ou encore la samba. L’opus se divise en neuf titres, tous aussi puissants les uns que les autres, et enregistrés avec pas moins de 19 musiciens dont Blodd Shanti et Dub Judah et l'on retrouve sur plusieurs morceaux la voix de Ras B, un animateur radio originaire de Bristol.

Dubkasm nous surprend à chaque nouvelle sortie. Ils se positionnent là où on les attend le moins, comme en témoigne leur précédent maxi, Roots, imprégné de dub poetry, sur lequel on retrouvait la voix du Britannique Rider Shafique. Cette fois-ci, le crew composé de Digistep et Stryda nous invite à aller encore plus loin dans leur voyage constant de recherche de nouvelles sonorités. L’aventure continue avec Rastrumentals, enregistré entre Brixton et São Paulo. Bien sûr les deux compères ont choisi cette ville car c’est l’une des places fortes du reggae dub en Amérique du Sud, mais pas seulement. C’est surtout une manière pour Digistep de nous dévoiler un pan de sa vie : la musique brésilienne a toujours fait partie intégrante de son parcours, et aujourd’hui il souhaite partager cette histoire avec nous. Son papa dans les années 70 a immigré de Rio de Janeiro à Bristol avec seulement quelques vinyles et sa guitare.

Dès les premières notes de l’album on se sent face à un projet subtil et intelligent. Ils ouvrent cet opus avec le titre Eco de Jongo dans lequel on ressent tout de suite l’influence du reggae et de la musique brésilienne. Le nyahbinghi est largement représenté dans ce titre porté par la voix de Ras B et les notes de jongo, ancêtre de la samba. S’ensuit Missão, un réel coup de coeur. Pour ce morceau on revient à des sonorités plus classiques, très orientées vers le reggae, mais terriblement entraînantes et efficaces. Une mélodie au violon accompagne le titre, lui donnant un côté très spirituel et « deep ».



Sur Lava Quente, on retrouve la voix rocailleuse et mielleuse de Ras B sur une instru très reggae jazz. Les cuivres se mêlent aux percussions tandis que les lignes de guitare qui répondent ne font qu’un avec le clavier. Pour King’s Highway, c’est Blood Shanti en personne qui se charge de la batterie ; le frère d’Aba Shanti I prouve une fois de plus sa virtuosité sur ce morceau roots. Le titre Cachoeira Da Fumaça nous ramène dans des abysses méditatives portées par des notes de flûte et d’un saxophone aux sonorités oniriques. Un morceau apaisant et rempli de sérénité. Lei Áurea nous embarque dans un univers plus roots, où l’on retrouve une nouvelle fois une superbe mélodie au violon. Regal vient nous rappeler des duos chauds et langoureux, accompagnés de lignes de guitares qui dictent la mélodie.



L’avant dernier titre, Monte de Sião nous donne l’occasion d’écouter une dernière fois la voix de Ras B qui se mélange aux percussions et à des sonorités dignes de la samba. Le dernier titre, Delta Blues, conclut magistralement cet album. Pour cet ultime morceau le groupe nous offre un roots où les percussions, les guitares et les cuivres s’accordent à merveille.

Le résultat est bluffant. Ce sublime opus aura nécessité plus de sept ans d’enregistrement entre l'Angleterre et le Brésil, mais le rendu est exceptionnel. Dubkasm a réussi à marier à la perfection le reggae et la musique brésilienne à travers des sonorités à la fois mystiques et complexes. 

Tracklist :
1. Eco Do Jongo feat. Ras B
2. Missão
3. Lava Quente feat. Ras B
4. King’s Highway
5. Cachoeira Da Fumaça
6. Lei Aurea
7. Regal
8. Monte De Sião feat. Ras B
9. Delta Blues