Damé - Interview Vapor

06/12/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Simon P.

Damé c'est la dernière signature de Brigante Records. Un duo surprenant composé d'un ingénieur du son et d'une chanteuse à l'origine d'un son hybride où l'on reconnaît le style nonchalant cher à Biga Ranx. Leur univers vapor, lo-fi très épuré et downtempo a séduit le MC tourangeau et son équipe qui ont permis à Aurélien (aka Lil Slow) et Eva (aka Belkis FDB) de développer leur projet. L'EP Bye Bye a vu le jour en février de cette année, suivi de quelques singles étonnants. Rencontre avec le beat-maker de cette formation à l'avenir prometteur.

Reggae.fr : Comment a débuté l’aventure Damé ?

Aurélien : Déjà ça a commencé par ma rencontre avec Eva, il y a 4 ou 5 ans maintenant, et avec qui j’ai accroché tout de suite. On faisait ça juste vraiment pour le plaisir tous les deux. Moi en parallèle je suis ingénieur du son en studio sur Paris. Donc on faisait notre petit son tranquillement tous les deux et à un moment on a trouvé une certaine esthétique qui nous plaisait. On avait juste un problème pour écrire les lyrics des sons qu’on faisait. Eva chantait et il y avait une partie de vrai anglais et une autre où ça ne voulait pas forcément dire grand chose. En gros quand elle travaille, on enregistre le morceau et puis ça vient comme ça vient. On a contacté Brigante Records il y a un an et demi pour nous aider tout simplement à écrire nos lyrics. Ce qu’ils produisaient ressemblait vachement à notre projet et on s’identifiait vraiment à leur travail. Du coup on s’est rencontré et ça s’est super bien passé humainement. Après on a eu envie d’aller plus loin avec eux alors on a sorti le projet sur leur label et ils nous ont accompagnés tout au long de notre aventure. Pour finaliser l’écriture des paroles, ils sont intervenus dans le processus de création de notre EP, on a fait ça avec Adam Paris qui écrit aussi pour beaucoup d’artistes qui gravitent autour de cet univers.

Comment travailez-vous en duo ?
On est tous les deux très autonomes. On bosse ensemble mais chacun est libre de faire son truc. Eva chante et moi je fais les prods. On essaye de ne pas trop intervenir sur le travail de l'un et l’autre.

Au niveau des sons c’est très vapor, très lo-fi. Quel matériel utilises-tu pour faire tes prods ?
Comme Biga Ranx, le clavier OP1 et mon ordinateur.  La plupart des trucs sont faits à l’OP1 et après quand je veux rajouter quelque chose, j’utilise mon ordinateur. Ce petit clavier est vraiment génial, on peut le prendre partout et travailler dès qu'on en a envie.

Quelle est votre relation avec Biga Ranx ? Une relation de création ? D’amitié ? Un peu des deux ?
Les deux. Là je viens d’emménager à Tours et puisque je suis ingénieur du son, je bosse sur ses projets à lui aussi. Je lui fais un peu de beat making. On enregistre les sons ensemble, je les mixe aussi avec lui. Il y a de la création et puisqu’on se voit tout le temps, il y a une relation d’amitié qui s'installe bien sûr.



D’où vient ce nom Damé ?
A la base, ce n’était pas Damé mais Doussa. En tout cas c’est comme ça qu’on s’est présentés à Brigante Records. Au final on a découvert que d’autres artistes avaient déjà ce nom, du coup on s’est mis à chercher quelque chose d’un peu similaire. On a voulu dans un premier temps appuyer le côté « deux syllabes » puisqu’on est deux. On est finalement sur le titre d’un poème qui était Damé. Ce n’est pas un nom chargé de sens mais la sonorité nous plaisait. En tout cas on a eu beaucoup de mal à trouver un nom. C’est le premier truc que les gens découvrent de toi donc c’est difficile de trouver quelque chose que tu as envie d’assumer

La pochette de votre EP est très soignée. Elle renvoie à un côté urbain comme vos clips. Quelle importance attachez-vous à l’esthétique visuelle ?
Avant de rencontrer Brigante Records, on ne se posait pas du tout ce genre de questions. Le truc qu’on aime faire tous les deux c’est de la musique point-barre. Ensuite, on a appris un peu le truc avec le clip de Russian Roulette qui est le tout premier de notre vie. C’était compliqué de venir avec des idées à apporter au réalisateur. On voulait respecter l’univers de la musique, un truc un peu vaporeux. On a eu beaucoup d’aide de ceux avec qui on bosse, notamment Dizziness Design qui s'occupe des graphismes de la plupart des projets de Brigante Records. Ce sont eux qui ont fait notre pochette.



Vous avez un univers qui flirte avec le reggae, le rap, le dub et la musique vapor. Comment avez-vous trouvé ce son si spécial ? Quelles sont vos influences musicales ?
En gros avec Eva on écoute plein de trucs et c'est elle qui a plus le côté reggae. Elle m’a d’ailleurs fait découvrir ça. Moi j'étais plus hip-hop puisque j’ai été amené à bosser dans un studio hip-hop. En fait c’est un peu tout ce qu’on a écouté depuis qu’on est petits qui a façonné ce qu’on a fait avec Damé. On ne s’est pas forcément posé de questions pour coler à une esthétique particulière. Au début, quand on faisait du son ensemble, ça partait dans tous les sens et on a réussi à se resserrer sur ce genre d’esthétique. On a trouvé un truc qui nous plaisait avec les mélanges qu’on voulait.

Dans vos textes, on a l’impression que vous cherchez plus à trouver des mots qui sonnent bien ensemble plutôt qu’un texte avec du sens ?
C’est exactement ça. Souvent les refrains ont du sens quand on les enregistre mais c’est vraiment de l’instantané. Quand on travaille avec Adam Paris, on réécoute les maquettes yaourt d'Eva et on essaye de respecter au maximum ce qu’on entend que ce soit au niveau des notes ou du nombre de syllabes. Et après, on essaye de trouver des mots qui sont exactement comme ceux du yaourt donc on est plus sur la recherche de mélodie, de rythme et de musicalité que de sens. Il y a 50% du morceau qui est à peu près fait en maquette et puis après il faut remplir les trous.

Vous avez aussi repris deux chansons, Jardin d’Hiver d’Henri Salvador, et Female Energy de Willow Smith. Pourquoi ces choix ?
Ce sont des morceaux qu’on aime et qu’on a aimé emmener dans notre univers. On voulait avant tout se les réapproprier et les entendre pour notre propre plaisir. Et puis on s'est dit : pourquoi pas les partager ?



Vous avez sorti votre premier EP en février dernier. Peut-on s'attendre à un album ?
On est en train de travailler sur l’album mais on n'a pas prévu de date de sortie. On prend notre temps. Pour l’instant on a fait deux chansons. Donc l’album est en préparation mais on prend vraiment notre temps pour sortir un truc qu’on assume vraiment et puis pourquoi pas essayer d’élargir encore un peu plus la palette ?...