Daddy Mory - Mory

26/10/18 - Auteur(s) : Ju Lion

On avait laissé Daddy Mory en 2016 avec un album peut-être incompris qui n'avait pas rencontré le succès escompté (Travail d'artiste), mais le voilà de retour plus affûté que jamais avec un nouvel effort qui risque de mettre tout le monde d'accord. Le compère de Big Red dans Raggasonic renoue avec un reggae incisif et authentique sans pour autant délaisser le dancehall hardcore qu'il affectionne tant.



On comprend vite que Mory a choisi de se livrer sur cet album éponyme. Lui qui avait du mal à parler de lui-même dans ses chansons le fait pourtant avec réussite sur l'énorme Life Story, titre introductif sur lequel le singjay raconte sa vie de sa naissance jusqu'à la création de Raggasonic aidé par un riddim hyper efficace de Manudigital. Les fans du duo mythique apprécieront d'ailleurs le tune suivant, Hardcore, véritable anthem sur lequel on croirait presque entendre Big Red répondre à son pote. L'instru, The Armour Riddim, n'y est pas pour rien puisqu'elle est l'œuvre de Frenchie ; le boss du label Maximum Sound connaît bien Raggasonic pour avoir produit leurs deux premiers albums. Habitué à faire appel aux Jamaïcains, Mory s'est cette fois entouré d'une team 100 % bleu blanc rouge côtés producteurs et invités. Yaniss Odua vient prêter main forte à son grand-frère sur un plaidoyer pro-reggae convaincant, Taïro s'invite sur Malcolm X, un dancehall rythmé anti-raciste, et l'on retrouve Tiwony sur le single La dette sorti il y a quelques mois déjà. Des featurings de cœur parmi lesquels se glisse la plus grosse surprise de l'album : un clash vénère contre LMK ! La jeune chanteuse n'y va pas de main morte quand il s'agit de vanner son aîné. On serait même tentés de dire qu'elle remporte l'affrontement face à Mory qui fait preuve de recul sur lui-même dans cet exercice qui lui va si bien. Posé sur un riddim dancehall particulièrement énervé signé Cisko, ce tune va faire parler soyons-en sûrs !



Même s'il apparaît plus assagi sur certains tracks, Daddy Mory n'a en rien perdu de sa fougue ; Laisse-les et Hypocrites séduiront les fans du franc-parler de l'artiste. Capable de faire sonner un lyrics simple comme personne grâce à sa technique vocale, il lâche aussi quelques titres plus légers et festifs comme Mory Kush, vantant les mérites de sa propre variété de weed sur une excellente instru reggae hip-hop, ou Party Time, un ska énergique invitant à la fête. Mais Mory sait également aller là où on ne l'attend pas et c'est aussi pour ça qu'on aime cet album. On le surprend à chanter – certes aidé d'un léger autotune – sur Ici et là, à l'ambiance nostalgique et presque vaporeuse, et à flirter avec l'afrobeat sur One Love. Ça n'a pas toujours été le cas, mais force est de constater que cette fois, Daddy Mory réussit tout ce qu'il entreprend ! Il clôture même l'album avec un tune lover interprété exclusivement en anglais, le premier de sa carrière selon ses propres aveux.



Daddy Mory a placé la barre très haut sur ces 16 nouveaux titres. Il livre un album très personnel, très varié et très bien produit qui prouve que l'on peut encore compter sur lui pour de nombreuses années. C'est sûr, Mory n'a pas fini de rugir !

Tracklist :
01. Life Story
02. Hardcore
03. Mama
04. Reggae Powa feat. Yaniss Odua
05. Mory Kush
06. Party Time
07. Ici et là
08. One Love
09. Laisse-les
10. Malcolm X feat. Taïro
11. Féroce feat. LMK
12. Go Fi Dem
13. Hypocrites
14. La dette feat. Tiwony
15. Maximum
16. Miss You