Sun Ska 2018 - Bilan avec Fred Lachaize

28/09/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Simon P. ; Photos : Ninon Duret

Après un vingitème anniversaire réussi sur le Campus Universitaire de Bordeaux, le Reggae Sun Ska effectuait son grand retour sur les terres médocaines pour sa 21ème édition. Le public a découvert le site du Domaine de Nodris à Vertheuil qui s'est avéré très fonctionnel pour accueillir le plus grand festival de reggae de France. Le directeur de l'évènement, Fred Lachaize, fait le bilan avec nous de ce come-back tant attendu.

Reggae.fr : Pour cette 21ème édition, qu’est-ce-que ça vous a fait de revenir dans le Médoc, la « terre natale » du Regga Sun Ska ?

Fred Lachaize : Ça fait un bien fou parce que le retour du Sun Ska sur son territoire a toujours été prôné même au moment de son départ. C'est justement pour ça que la métropole bordelaise n’a pas voulu nous conserver d’ailleurs. Il aurait fallu jouer les hypocrites et faire croire qu'on voulait rester à Bordeaux pour qu'ils nous gardent. Dès le début, on a annoncé qu’on retournerait travailler dans le Médoc sur un projet durable, c’est aussi pour ça que ça fait du bien d’y retourner. Si on arrive à lever toutes les dernières finalités avec les collectivités territoriales, on aura trouvé un très bel endroit pour installer durablement notre festival. Cela veut dire qu’on sera enfin dans le projet que l’on porte depuis tant d’années maintenant.

L’édition s’est-elle déroulée comme vous le souhaitiez sur ce nouveau site ?
Non absolument pas. D’une part, on a eu moins de six mois pour réimplanter le festival. On savait que ça allait être très compliqué parce qu’il y a eu un manque de temps à la fois pour présenter le lieu, le faire partager au public, communiquer dessus et le valoriser. Tout ça c’est très long. Trouver le bon calibrage d’aménagement, gérer ses budgets et faire en fonction c’est très compliqué. Donc non on n'a pas un bilan aussi bon qu’on l'espérait. Le bilan est aussi mitigé car on n'a pas fait le score attendu, sûrement parce qu’on n'a pas eu la programmation que l’on aurait aimé avoir puisque tout a été confirmé tard. En plus de ça, il y a un phénomène de multiplication des festivals reggae sur le territoire. Tout ça sur fond d’insécurité omniprésente imposée par les services de l’Etat et ça, ça a été valable pour les deux principaux festivals reggae en France : le No Logo et nous-mêmes. Enfin, le dernier point c’est 40 degrés à l’ombre. C’était le week-end de canicule le plus fort de l'été et ça a forcément freiné les gens.



Peut-on dire quand même que cette 21ème édition est une réussite ?
Ça a été une très belle édition en matière d’organisation. On est quand même très contents de comment s’est déroulé le festival, ce qui a été proposé, ce qui s’est fait. Tout ça a très bien marché et je pense que tous les festivaliers sont unanimes dessus. Malgré tout on sait où sont nos défauts en matière d’installation. On a des espaces scéniques trop grands et des calibrages à retravailler. Après, financièrement c’est un changement qui est lourd et qui ne s’équilibre pas cette année donc ça va être une année compliquée où il va falloir faire des choix pour la prochaine édition et resserrer les budgets. On va aussi devoir faire des choix sur la programmation artistique. Il va falloir qu’on s’arrange avec ce nouveau budget.

Avez-vous atteint vos objectifs ?
Non pas du tout en terme de remplissage. On a eu 23 000 festivaliers sur tout le festival alors qu’on en attendait 43 000. On n'est pas vraiment sur les chiffres attendus. On a une grande perte financière du coup.

Comment l'événement a-t-il été perçu par les riverains et la mairie ?
Avec la municipalité ça s’est bien passé. Pour ce qui est des riverains, il y a eu plusieurs plaintes mais qui ne sont pas justifiées puisque de toute façon le festival est à 800 mètres des premières habitations. Il y a eu des réunions publiques et des réunions de préparation en amont du festival. Tout a été fait dans les règles de l’art en lien avec les services de la préfecture et de l’Etat. Tout a été organisé et calibré comme il faut. On a démontré que ce lieu était adapté pour accueillir cette manifestation.

Les festivaliers étaient-ils eux aussi contents de revenir dans le Médoc ?
Ah oui ! Le retour festivalier est unanime. Ça par contre c’est une vraie réussite sur l’organisation. Un vrai retour sur les terres natales qui offre un bilan positif. Après il faut régler les problèmes de trésorerie et de rentabilité. On a un travail d’aménagement maintenant qui s’étend sur toute l’année.



Par rapport aux éditions passées y-at-il eu des imprévus ?
Les imprévus ont été quotidiens et majoritairement techniques. C’était aussi beaucoup lié à la chaleur parce qu’il y a eu pas mal de malaises.

Doit-on s'attendre à une 22ème édition du Reggae Sun Ska sur le même site ?
Oui bien sûr. Ce qu’on aimerait même c’est qu’il devienne LE site qui permette de s’installer durablement. Le lieu est pressenti pour devenir un écosystème de la culture sur le territoire médocain, c’est-à-dire que sur l’ensemble de ce site on retrouverait une multitude d’acteurs avec des bureaux, un espace de coworking, un espace de diffusion, un studio d’enregistrement, une galerie d’art et un parc mutualisé. C’est un projet global de territoire porté par un ensemble d’acteurs dont le Reggae Sun Ska fait partie.

Quels ont été les plus beaux moments de cette 21ème édition pour toi ?
Ça fait un petit moment que je n’avais pas vu Mo’Kalamity donc ça m'a fait plaisir. Dans les découvertes, il y a aussi le groupe Alam et évidemment je n’ai pas pu m’empêcher d’aller accueillir Ken Boothe. C’était un grand moment. Il y a aussi eu le grand retour des Toure Kounda et ceux qui font toujours le taf comme Groundation, Nâaman, Chinese Man, Jimmy Cliff.



Vous avez comme d'habitude proposé une programmation assez éclectique qui ne se cantonne pas seulement au reggae. Est-ce un moyen d’attirer plus de monde sur le festival ?
Pas vraiment puisqu’on a fait beaucoup moins de monde que prévu. Par contre, c’est une manière d’ouvrir notre culture reggae au plus grand nombre. C’est-à-dire que quelqu’un qui vient voir Demi Portion en concert ne connait pas forcément Ken Boothe. Ça permet à pas mal de festivaliers de découvrir ce que l’on fait.



Quelles choses aimerais-tu perfectionner pour l’année prochaine ?
On va travailler sur tout l’aménagement et toute la scénographie du festival, ça c’est un point important. On va creuser tout le volet qualité d’accueil et également qualité d’animation, on va développer des axes comme le bien-être et les conférences par exemple. Il y a vraiment de très belles choses qui se sont passées sur toutes les activités annexes et pas simplement musicales. Je pense que le public évolue et le festival aussi, c’est-à-dire que de plus en plus, les gens viennent chercher un état d'esprit dans un événement comme celui-là. On ne vient plus juste voir des groupes sur scène. On travaille beaucoup sur le bien-être et le bien-vivre. Il y avait par exemple des cours de yoga collectif et de tai-chi les matins. Des choses comme ça. Il y a aussi eu pas mal de conférences sur les énergies renouvelables, sur la mixité. On fait un gros travail sur les femmes dans le reggae, c’est pour ça qu’on avait une telle programmation. Il faut continuer et ne pas donner cette image de macho dans le reggae. Finalement, le Reggae Sun Ska c’est un labo pour faire connaître la culture reggae au plus grand nombre. On met en avant une culture, une musique, un état d’esprit, donc bien souvent nous sommes victimes de clichés dans la presse et chez les politiques. Le reggae ce n'est pas des mecs qui viennent fumer des pétards au bord d’une scène. Tout ce mouvement représente des valeurs et un état d’esprit sur lesquels il faut travailler. Tous les festivals doivent travailler sur ça. C’est à nous de changer les choses. On a un public qui a 20 ans et c’est avec eux qu’on va changer les choses et grâce à nos évènements.