Uman - Interview Dancehall Station

06/07/18 - Auteur(s) : Propos recueillis par Simon P. ; Photo DR

L'artiste belge Uman arrive avec son émission Dancehall Station tous les mercredis sur la webradio Reggae.fr en compagnie de Selecta Killa. L’émission, disponible en podcast, comptabilise plus de 20 000 téléchargements hebdomadaires. Dancehall Station est un phénomène qui va au-delà d'un rendez-vous radiophonique. Rencontre avec Uman pour parler de cette activité et de musique en général...

Reggae.fr : Ton émission Dancehall Station vient de débarquer sur la webradio Reggae.fr, mais elle existe déjà depuis un certain temps. Comment est-elle née ?

Uman : En fait je fais de la radio dans le domaine du reggae depuis plus de 25 ans. Avant j’avais un sound system qui s’appelait Bass Culture avec qui on avait créé une émission de radio. Maintenant, depuis une dizaine d’années, je bosse avec Selecta Killa. On a commencé notre émission Dancehall Station sur la radio bruxelloise KIF. Notre show tournait bien, on organisait des soirées dancehall dans le club Bazaar à Bruxelles et comme il y avait une grosse affluence, ça permettait de faire connaître l’émission. Les shows étaient enregistrés en français pour KIF et en anglais pour plusieurs radios internet comme Big Up Radio, Free Up Radio, BM Radio. Puis KIF a un peu abandonné sa radio, mais dans un autre temps une radio dans le même genre que Mouv’ s'est créée en Belgique, Radio Tarmac. Aujourd’hui on continue notre show chez eux avec de meilleurs moyens. A côté de ça, on a toujours continué à prospecter les radios de diffusion sur le web parce que plus il y a de sources plus il y a d’auditeurs. A un moment je me suis dit qu’on n'avait rien en France et que c’était dommage. Étant donné mes bonnes connexions avec l’équipe de Reggae.fr, ça me paraissait normal de vous proposer l'émission. Le modèle qu’on développe n’est pas quelque chose qu’on retrouve sur les ondes de l’Hexagone. Voilà comment Dancehall Station est arrivé sur Reggae.fr.

Justement, c’est quoi le concept de Dancehall Station ?
Dancehall Station c’est un concept qui n’est pas un format sound system, mais qui fonctionne avec une paire MC-DJ pour les clubs et la radio. On organise des soirées à Bruxelles depuis 2013 au Bazaar où d’autres DJs internationaux et artistes comme Kalash ou Spice sont invités. Avec Selecta Killa on tourne aussi dans d’autres clubs belges et en festivals. Sur la radio, on joue comme en club, même si ce n’est pas la même ambiance. L’émission nous permet d’être au courant de tout ce qui se passe, de toutes les nouveautés. Quand tu es l’acteur d’une musique c’est important de savoir ce qui se fait. La radio c’est une bonne base pour développer les soirées, pour faire l’écrémage des meilleurs morceaux et j’ai toujours aimé le médium de la radio.

Comment se déroule une émission Dancehall Station ?
Vu que ça fait une dizaine d’années que l’on fait l’émission, maintenant on a un déroulé type. La première heure on joue toutes les nouveautés, puis on enchaîne sur un Back in The Dayz, un Top 5 et on finit avec une Downtown Session où on joue de la trap et du hip-hop moderne. A Bruxelles les scènes hip-hop et reggae se sont toujours mélangées. En tout cas beaucoup de gens du dancehall ont toujours été connectés avec le hip-hop. Nous dans nos soirées on a toujours passé des morceaux trap donc c’était logique qu'on en joue aussi dans l'émission.



Peux-tu nous dire un mot sur Selecta Killa qui t'accompagne ?
C’est un Bruxellois qui est tombé dans le son vers 15-16 ans. Il s’est rapidement mis à mixer à droite à gauche. C’est un très bon DJ, il a une très bonne technique, il fait des mixes très propres. Il mixe un peu comme un DJ lokal, c’est-à-dire rapidement, efficacement, proprement.

L’émission est uniquement musicale, penses-tu un jour proposer des moments d’interview d’artistes ?
Le truc c’est que c’est compliqué de faire venir les artistes dancehall jamaïcains à la radio. Mais maintenant qu’on joue sur Reggae.fr on a des accréditations pour des festivals donc on va essayer de ramener des artistes en studio. On l’a fait récemment avec Demarco dans les locaux de Tarmac. Donc oui quand on peut avoir un artiste on le fait.

Considères-tu l'activité radiophonique comme partie intégrante de ton métier d'artiste ?
Bien sûr. Là actuellement chez Tarmac on est payés, mais c’est la première en fois en vingt-cinq ans que je suis payé dans ce domaine. Ce n'est pas parce qu’on ne gagne pas d’argent que ce n’est pas notre métier. En tant que chanteur il y a des albums qui marchent très bien et d’autres moins, ce n’est pas pour autant que ce n’est pas mon métier. Quand je faisais de la radio libre pendant vingt ans j’y étais tous les mercredis et vendredis donc c’était déjà un métier pour moi.

Quel est l'état de la scène belge musicale actuellement ?

Pour le moment ce qui explose c’est le hip-hop francophone belge avec Isha, Caballero, Elvis Roméo etc. La scène dancehall et reggae belge est plus présente en Flandre qu'en Wallonie. Le reggae en Belgique c’est une anecdote.


"Mes influences vont d'Edith Piaf à Vybz Kartel."


On avait beaucoup aimé ton album Umanist l'année dernière. Quel bilan tires-tu de cette sortie ?
Je suis assez content, il m’a réouvert des portes et m’a permis de pas mal tourner en Belgique. J’ai eu peu d’opportunités sur la France malheureusement. C’est un album orienté vers un reggae assez moderne contrairement à la scène française actuelle plus orientée roots avec Naâman ou Jahneration. J’essaye d’avoir mon son à moi et je pense que j'y suis arrivé avec Umanist donc je suis content.

Sur ce dernier album tu as invité pas mal d'artistes, alors qu’à ton habitude ce n’était pas trop le cas. Comment choisis-tu tes featurings ?
J’ai fait pas mal de featurings où j’ai été invité par d'autres artistes et pour mes projets, j’avais seulement fait quelques featurings sur ma première mixtape, Umanizm. Je me disais que ça faisait longtemps que je n’avais pas invité quelqu’un sur un des mes albums. Après deux voyages en Haïti, j’ai bien connecté avec des mecs là-bas principalement avec BIC et il s’est retrouvé sur deux morceaux. Je me retrouvais au final avec deux featurings de la même personne, j’ai donc connecté avec d’autres gens que j’apprécie comme Yaniss Odua, ZA et Taïro. Pour Gifta c’est différent. Il est revenu sur le devant de la scène en France et quand j’ai entendu ses nouveaux sons, j’ai de suite eu envie de collaborer avec lui. Mais pour le prochain album je pense qu’il n’y aura pas de featuring.

Travailles-tu déjà sur quelques chose de nouveau ?
Je bosse actuellement sur un nouveau projet qui devrait sortir début 2019. Là j’ai déjà enregistré une quinzaine de morceaux. A côté de ça, je viens de sortir Pum Pum en France, un tune enregistré avec un collectif belge il y a pas mal de temps déjà. C'est un single très dancehall avec un clip marrant et c'est sorti chez Warner.



Au final tu es un artiste très versatile. Chanson française, dancehall, rap, reggae... C'est difficile de te caser dans un style précis. C’est ce que tu recherches ?
L’art c’est être libre, donc si on est libres il faut pratiquer cette liberté. Si c’est pour vivre enfermé dans un schéma qui doit faire une réussite commerciale, tu ne profites pas de ta liberté. J’ai écouté beaucoup de musiques différentes, j’ai commencé par le reggae et le hip-hop mais j’aime beaucoup aussi la chanson française et autres. En fait on ne peut pas tout dire dans tous les styles. Il y a des styles musicaux qui permettent de dire certaines choses et des styles qui permettent de dire d'autres choses. C’est en fonction de mon âme, du moment dans lequel je suis dans ma vie. Si j’ai envie d’enchaîner trois chansons tristes avec des guitares et des claviers, je le fais. Et si après j’ai envie de faire quinze bangers, je le fais. Ce que je veux dire, c'est que je fais de la musique pour me faire plaisir à moi avant tout.

Tes sujets d’inspiration sont-ils toujours les mêmes que depuis tes débuts ?
Je me rends compte qu’avec le temps les gens m’associent à un artiste militant, mais si tu regardes mon catalogue, il y a beaucoup de chansons sur l’amour de ses frères, de sa femme ou de ses parents. On n’écrit pas une chanson pour dire « je ne sais pas », on écrit plutôt pour dire « j’aime ou j’aime pas ». Ça tourne toujours autour de la vie, de l’amour et du désamour. Sur le prochain album ça tirera plus vers la poésie, un peu comme sur l’album L’aventure c’est l’aventure

Il paraît que tu peins aussi. Qu’est-ce qui te plait dans la peinture ?
Dans la musique je peux faire des concessions pour aller vers les autres, car il y a une dimension universelle, on est avec le monde. Alors que dans la peinture je suis seul avec moi-même. Ma peinture est plus intimiste que ma musique.

Te souviens-tu de la toute première fois où tu as entendu du reggae ?
J’ai grandi dans mon quartier où il y avait un disquaire d’import en 84-85, j’avais 14 ans à cette époque et le shop était entre ma maison et mon école. Au final je n'allais plus à l’école, j’allais écouter des skeuds au magasin. 

 

"Il y a 260 styles de reggae différents."

 

Quel est le premier album de reggae que tu aies acheté ?
Je pense que le premier c’était un album de The Specials, ou peut-être un Bob Marley.

Te rappelles-tu ta première fois en sound system ?
C’était un rappeur, TLP, qui venait de Gand. Un des premiers que j'ai vu jouer des dubplates. Mais les premiers vrais sound systems c’était au Reggae Geel entre 1989 et 1991.

Comment définirais-tu le reggae ?
Pour moi la Jamaïque c’est un tambour de machine à laver, c’est un shaker. Ce qui est fabuleux avec la musique jamaïcaine c’est avant tout leur culture de la musique. Tu sens que c’est un exutoire absolu pour eux. Ils comprennent tout ce qui se passe dans le monde, ils le digèrent et le recrachent à leur sauce. Après si l’on doit définir le reggae on parle de rub-a-dub, dancehall, dub, rockers, roots etc. Il y a 260 styles de reggae différents.

Te souviens-tu de ta première performance en live ?
C’était en 1991 avec un groupe de rap qui s’appelle Puta Madre. Le premier single que j’avais sorti avec eux c’était déjà du ragga hip-hop. J’ai toujours rajouté du ragga au rap.

Quels sont les artistes qui t'ont le plus influencé ?
Ça va de Renaud à Gainsbourg, en passant par les Clash, Madness, The Specials... Après, clairement Bob Marley, Max Romeo, Black Uhuru, Steel Pulse, mais aussi NTM, les Beasties Boys, Run DMC, etc.  Chez moi c’est un peu une mixture de tout. Pour résumer, on peut dire que mes influences vont d'Edith Piaf à Vybz Kartel.

Quels artistes reggae écoutes-tu en ce moment ?
J’écoute énormément Tarrus Riley, Vybz Kartel ou Popcaan. Mais je n’accroche pas avec la nouvelle génération roots jamaïcaine comme Protoje ou Chronixx.

Y a-t-il un vieil album que tu écoutes toujours avec le même plaisir aujourd'hui ?
Je pense à Handsworth Revolution de Steel Pulse et Satta Massagana des Abyssinians

Quel est ton meilleur souvenir reggae ?
Le truc qui m'a vraiment impressionné c’est de voir Jah Shaka jouer défoncé et atteindre une transe. J’ai eu ça avec Burning Spear quand je l’ai vu sur scène, ou avec African Head Charge aussi.

C’est quoi pour toi le concert le plus dingue que tu aies fait en Belgique ?

Je pense que ce sont les concerts de NTM qui étaient incroyables. Et aussi les concerts d’un rappeur qui s’appellait Paris. 

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